Le scandale de la Société générale (Socgen) qui prolonge son écho dans la démission de son PDG, Daniel Bouton, n’est pas seulement moral, bancaire ou financier. Ce qui permet à ce genre de scandale de se reproduire à intervalle régulier, sans que la nation puisse agir pour s’en prémunir, se trouve au sommet de notre Etat. Dans les faits, la volonté du laisser-faire ne se dissimule même plus derrière le piètre jeu d’estrade auquel se livrent depuis plusieurs mois les protagonistes de la scène. Tout y est.
Un président de la République qui conspue « la finance folle » mais qui, dans le même temps, se félicite dès qu’il le peut d’avoir distribué des liquidités d’Etat sans aucune contrepartie afin que les mêmes continuent à agir comme hier « dans le meilleur des mondes possibles ». Un ministre du Budget qui félicite M. Bouton au moment de sa démission pour sa clairvoyance et sa lucidité. Et la préposée aux bonnes nouvelles, sorte de Pangloss des temps modernes : notre ministre de l’Economie. Celle-ci, après avoir pris connaissance des informations de Libération, plutôt que de mobiliser les outils de vérification permettant d’assurer une information sûre et fiable, réagissait en parlant d’« alarmisme malvenu » en guise de toute réaction officielle, feignant d’ignorer les milliards d’euros de pertes évoqués. Le lendemain même de sa déclaration, Bouton démissionnait.
Les milliards envolés confrontés à l’absence de régulation et au laxisme de l’Etat doivent interpeller le citoyen. Ce paradoxe trahit une complaisance bienveillante qui en fait une complicité. In fine, le scandale réside moins dans les sommes dilapidées que dans l’absence de réaction des pouvoirs publics. La Socgen est de ce point de vue un cas d’école pour qui veut comprendre. Pourtant nul ne saurait ignorer qu’à ce jour plusieurs banques françaises continuent toujours de n’afficher que des bilans plus ou moins maquillés afin de camoufler autant que possible les « véhicules financiers pourris » et autres « actifs toxiques ». Des sommes faramineuses, par le biais de transferts d’avoirs appartenant à des filiales off-shore de banques françaises, continuent d’affluer en direction des paradis fiscaux, sans que le gouvernement ne dise mot. Et c’est dans ce même élan généralisé de déresponsabilisation et d’impunité que s’opère une stratégie de reconstitution des marges bancaires, fondée sur la garantie offerte par les prêts d’Etat et l’assèchement, criminel pour la sphère réelle, du crédit en direction des particuliers et des PME. Malgré cet état des lieux, à aucun moment le gouvernement, y compris lorsqu’il a prêté le denier public, n’a demandé des contreparties, ou ne serait-ce que l’état précis de l’importance prise par ces « actifs à haut risque » dans le bilan des banques.
Les fondements d’une alternative existent et sont au centre de notre réflexion, en trois axes : l’émergence d’un pôle financier public, régulateur et investisseur de long terme auquel le secteur « services publics » du PS travaille ardemment ; la réforme des règles prudentielles évidemment ; mais aussi et surtout la définanciarisation du secteur bancaire, afin que les banquiers redeviennent des banquiers et cessent d’être ce que la révolution néolibérale et la déréglementation des marchés financiers leur ont commandé d’être, il y a près de vingt-cinq ans. Des joueurs de casino dopés à la mathématique financière, agissant sous l’œil bienveillant et complice de nos dirigeants.
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