L’université voit une
mobilisation de ses personnels d’une ampleur considérable, qui n’est pas sans rappeler celle des chercheurs lors des grèves massives de 2005, tant par son intensité que par les raisons profondes
de la grave crise qui frappe notre système d’enseignement supérieur et de recherche. La mobilisation, soutenue par nombre d’étudiants, se cristallise sur le projet de réforme du statut des
enseignants chercheurs. Le décret concerné n’est en réalité qu’une étincelle, à elle seule déjà profondément néfaste, qui révèle la contestation profonde qui monte contre une politique de
démantèlement du service public d’enseignement supérieur.
Le projet de modification du décret statutaire de 1984 aggrave les dispositions de la loi sur l’autonomie des universités votée en juillet 2007. Il donne les pleins pouvoirs aux présidents d’université pour gérer la carrière des universitaires et moduler leurs services. Dans un contexte de pénurie budgétaire des universités, il ne fait aucun doute que la voie choisie par les « gestionnaires - présidents» sera celle de l’alourdissement des services d’enseignement au détriment de la recherche. Si une amélioration de l’enseignement est une nécessité absolue, notamment pour lutter contre l’échec des étudiants, et si un renforcement de la recherche universitaire est souhaitable, c’est une logique inverse qu’il faut enclencher. L’amélioration des conditions dans lesquelles les enseignants-chercheurs exercent leurs missions (recherche, enseignement, administration, suivi pédagogique des étudiants) passe par un allégement de leurs heures d’enseignement –en particulier pour les jeunes recrutés- et par des créations d'emplois. Au-delà du statut national, c’est la notion même d’enseignant-chercheur qui est aujourd’hui mise à mal, chacun d’entre eux étant à disposition des gestionnaires de chacune des universités, tels des prestataires de services, bafouant ainsi l’indépendance des enseignants-chercheurs et la nécessaire articulation entre recherche et enseignement, qui nourrit la formation des étudiants. S’il faut parfois se méfier du soulèvement conservateur et corporatiste de certains mandarins, ce n’est pas lui qui est essentiellement à l’oeuvre aujourd’hui. Cette réforme fait écho à la logique globale qui a prévalu à l’élaboration de la loi sur
l’autonomie des universités, dite loi « Libertés et Responsabilités des Universités » (LRU). En renforçant l’autonomie des universités, sans contrôle et sans hausse majeure de moyens équitablement répartis, la loi LRU affaiblit considérablement le service public d’enseignement supérieur. S’affranchissant de ses propres responsabilités, l’Etat libéral actuel organise la concurrence entre les établissements, efface tout contre-pouvoir aux décisions du conseil d’administration et du président de l’université, précarise les personnels. Les inégalités se creuseront inévitablement entre les universités, les étudiants des milieux modestes en étant les premières victimes. A cela s’ajoutent des promesses budgétaires non tenues, pourtant déterminantes pour la sauvegarde d’un service public de qualité sur l’ensemble du territoire. Pire, de l’augmentation de
budget promise, la ministre Valérie Pécresse annonce finalement… 900 suppressions de postes en 2009 !
L’obsession tenace du gouvernement à sacrifier l’université et la recherche publiques se traduit par d’autres « réformes » en cours : celle du CNRS qui verra sa destruction, ou encore celle du financement concurrentiel de la recherche, résumée à l’innovation et à la rentabilité immédiate. La plus néfaste étant certainement celle de la formation des enseignants, qui se traduira par une qualité moindre de la préparation à l’enseignement et par une sélection sociale accrue. On ne peut
s’étonner qu’un soulèvement de contestation gagne les personnels et les étudiants, quand les attentes convergent toutes vers une politique alternative. Loin de la doctrine libérale des réformes en cours et des propos populistes qui l’accompagnent, c’est d’un plan ambitieux de soutien dont le service public d’enseignement supérieur et de recherche a besoin.
Bruno Julliard, secrétaire national du PS à l’Education
| Décembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | |||||
| 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | ||||
| 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | ||||
| 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | ||||
| 28 | 29 | 30 | 31 | |||||||
|
||||||||||