
Le celebre journal économique
Londonien abrite-t-il -...au moins un- de vilains revolutionnaires gauchistes.
Plus gênant, sans pour autant appeler à la révolution dans les pays à économie libérale, il engage, par la plume de son plus célébre chroniqueur (et télé-travailleur) Tony Jackson, les
gouyernements de ces pays à fomenter des troubles dans leurs populations respectives, afin de lutter plus efficacement contre les banquiers qui sont seuls entrain de siffler dans le noir!
Je vous livre la traduction de son article du 21 septembre (oui, je l'avoue 1SDA l'avait zappé), et pour les provençaux anglicistes l'original est là.
Ca me fait du mal de devoir le
dire, mais peut-être que nous nous trompons complètement sur le compte des banques. Certains disent que les financiers reviennent à leurs vieilles mauvaises habitudes et qu'il faut leur imposer
des mesures de rétorsion - la première et la plus concrète consistant à revoir à la hausse les exigences de capitalisation.
Toutefois leurs problèmes sont peut-être plus graves qu’on ne le croit.
Peut-être que certaines de leurs fautes les plus flagrantes, telle que les énormes primes d'engagement, constituent en fait une action défensive contre la crise du crédit qui arrive. Auquel cas,
lutter maintenant contre elles au moyen d’exigences de recapitalisation pourrait ne faire que soulager nos bonnes consciences, aux dépens de nos finances.
Et il est indubitable que de telles exigences soient à l’ordre du jour. En
effet, le Conseil sur la Stabilité Financière – représentant les ministères des finances ainsi que les banques centrales mondiaux – a précisé la semaine dernière que c'était là leur
priorité.
Afin d’illustrer les risques en jeu, référons-nous à une analyse récente
émanant de Institutional Risk Analyst, société américaine de consultance bancaire. Celle-ci classe les banques américaines en fonction de leur niveau d’effort allant de A à F. Le montant,
incontournable, des actifs totaux des banques de niveau F – celles qui sont le plus proches du gouffre – est de $4,458bn.
Si ces banques se situent en dessous de ce montant, les coûts de
réparation de leur déposant tomberont sur les autres banques américaines, conformément aux règles du Deposit Insurance Fund.
Ainsi que le fait remarquer IRA, "avant que le G20 n’aborde la question de
l’augmentation du niveau des capitaux des banques, il nous faut trouver un moyen – et vite – pour stabiliser la base des capitaux existants de l’industrie bancaire".
Rappelons que les sommes nécessaires à la recapitalisation en bonne et due
forme des banques sont colossales - non seulement à cause des pertes qu’elles ont encouru lors du crash, mais aussi parce qu’elles avaient réduit leurs capitaux propres de façon désastreuse
durant les « années de bulle ».
Afin d’effectuer le travail correctement, nous aurions besoin de restaurer
les capitalisations sur base des niveaux qu’elles avaient au milieu des années 90. Il y a six mois, le Fonds Monétaire International a fixé le coût pour les banques américaines, européennes et
britanniques à $1,700bn (£1,044bn).
Depuis lors, selon Dealogic, ces banques ont levé $135bn en capitaux
propres, nous pouvons dès lors ramener le chiffre nécessaire à $1,565bn. Mais le fait que moins d’un dixième de la somme ait été atteint n’est pas des plus rassurant...
Ces six derniers mois, rappelez-vous, ont vu les actions du secteur
bancaire grimper en flèche, rendant ainsi les investisseurs plus disposés à payer. Et quelques levées de fonds ont également bénéficié d'aides du gouvernement.
Durant cette période, la valeur marchande globale des banques a plus que
doublé, de $1,068m à $2,420bn. Toutefois cela leur laisse encore la possibilité d’atteindre une somme égale aux deux tiers de sa valeur de marché. On dirait qu'on a atteint la limite –
spécialement depuis le dernier aperçu de Merrill Lynch témoignant du plus important des consensus, parmi les managers de fonds globaux pour les sept dernières années, selon lequel les actions du
secteur bancaire sont actuellement surévaluées.
Pour nous tous, ces résultats pourraient avoir des effets pervers, voire
fâcheux. Si les banques savent qu’il leur sera exigé d’augmenter leur capitalisation - et si elles prévoient qu’elles ne pourront pas augmenter leurs capitaux propres – elles disposent d'une
seule réponse logique. Elles doivent rétrécir leur base d'actifs – ce qui signifie qu’indirectement elles devront réduire les prêts qu'elles octroient.
Ceci intervient à un moment où les méthodes alternatives de prêt sont
toujours en déroute. Les emprunts-titres, par exemple, correspondent à moins de la moitié du sommet atteint en période de pré-crise, étant donné que les banques reviennent à l’intérieur des
frontières nationales.
Plus important, le prêt titrisé fonctionne également à environ la moitié
des niveaux de pré-crise. Cela signifie que près de $2,000bn de crédit, la plupart du temps fourni non par des banques mais plutôt par des institutions d’investissement, ont été retirés du
système.
Malgré les mesures d’urgence prises par les gouvernements afin de pallier
à cette situation, la situation ne présage rien de bon. Une large part des demandes a disparu pour de bon, sous forme de véhicules hors bilan tels que des véhicules de financement
spéciaux.
Et les nouveaux preneurs se comptent sur les doigts de la main. Les prêts
titrisés sont, par nature, des structures complexes, et leur raison d'être était d’offrir des tranches cotées triple A que les investisseurs institutionnels pourraient acquérir. Cela réclame une
confiance absolue dans les agences de cotation. Aujourd’hui que cette foi est sérieusement ébranlée, qui d'autre voudrait bien aller mettre son nez dans ce genre de bourbier?
D’autres sources traditionnelles de placement pour les banques elles-mêmes
– les marchés de vente en gros, par exemple – se trouvent encore affaiblis. Les marchés obligataires constituent une exception, mais seulement jusqu'à un certain point. Les chiffres de Dealogic
démontrent que l’année dernière, les émissions obligataires des banques ont baissé – malgré l’aide du gouvernement – de 14 pour cent par rapport aux niveaux de pré-crise d’il y a deux ans. Les
obligations émises par des corporations non financières, entre-temps, ont augmenté de 44 pour cent.
La position des gouvernements dans tout cela n’est pas enviable. Ceux-ci
sont certainement conscients des dangers. Mais étant donné le pouvoir immense du lobby bancaire dans le monde entier, chaque gouvernement saura aussi que pour obliger les banques à la
recapitalisation – comme cela est certainement nécessaire – il doit exploiter le ressentiment populaire tant qu’il en est encore temps.
Comme pour beaucoup d'autres choses, dans une crise, tout est dans le
timing. Mais nous devrions veiller à ne pas prendre l’apparente satisfaction des banquiers pour argent comptant! Ils sont peut-être juste seuls dans le noir, en train de siffler pour se
rassurer.
tony.jackson@ft.com
J.Pieraggi